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Dans le cadre de la commémoration du Centenaire de la Grande Guerre, notre association a souhaité présenter une exposition sur les Poilus de la commune.

Ce fut un travail de longue haleine avec plusieurs séances de recherche aux Archives départementales de Privas, aux Archives diocésaines de Viviers et principalement aux Archives départementales du Gard où sont conservés les registres matricules des combattants de 14-18 du Sud-Ardèche, permettant de suivre ainsi leur parcours militaire et leur destin.

L’association put aussi compter sur la participation de nombreuses familles saint-reméziennes qui ont bien voulu prêter des correspondances, des photos ou des documents d’époque.

Les saint-reméziens mobilisés : 214

Saint-Remèze compte 822 habitants au recensement de 1911, le dernier avant la Grande Guerre. On dénombre dans le bourg et les hameaux voisins 213 maisons et 218 ménages. La Grande Guerre va toucher profondément la communauté de Saint-Remèze. L’appel des soldats se poursuivra tout au long de la guerre jusqu’à la classe 1919. Elle a mobilisé en tout 214 Poilus, en comptant les actifs, les réservistes et les hommes de la territoriale qui ont été rappelés. Ils vont passer par le bureau de recrutement de Pont-Saint-Esprit. Sur ce total, 189 sont domiciliés dans le village, pour la plupart des chefs de famille ou sur le point de le devenir, des agriculteurs, soit les éléments les plus productifs.

C’est près d’un quart (23 %) de la population totale du village qui a été mobilisé !

Tous les hommes de 19 à 45 ans vont partir, créant un vide considérable dans les familles et la vie économique. Les autres Poilus recensés dans notre étude sont natifs de Saint-Remèze mais habitent ailleurs. En 1914, sur l’ensemble des mobilisés, on en compte 18 dans l’armée d’active, 83 dans la Réserve et 57 dans la Territoriale.

Dans la liste globale pour l’ensemble du conflit, on trouve tous les vieux patronymes (noms de familles) de Saint-Remèze. Ceux qui reviennent le plus souvent sont les Charmasson (20), Vigne (11), Brunel (9), Reynaud (9), Boulle (9), Tailland (8), Madier (6), Combette (6).

Si l’on tient compte de l’ensemble des fiches matricules, la taille moyenne des poilus de Saint-Remèze est de 1,66 m, soit plutôt petite, et le niveau d’instruction générale est de niveau 3 (pour le jeune homme qui sait lire, écrire et compter) pour plus de 60 %, de niveau 0 (qui ne sait lire et écrire) pour 7,5 %.

  • Natifs de Saint-Remèze et domiciliés à Saint-Remèze : 168
  • Natifs de Saint-Remèze et domiciliés ailleurs : 27
  • Natifs d’ailleurs et domiciliés à Saint-Remèze : 19

Les classes les plus concernées sont : 1908 (15), 1914 (11), 1905 (10), 1896 (10), 1890, 1893, 1894, 1895, 1912 (9).

Répartition par arme

L’essentiel des saint-reméziens (63 %) est affecté dans l’Infanterie (régiments et bataillons de chasseurs, zouaves). L’Artillerie en reçoit 16 %, la Cavalerie 4%.

Pour les actifs, l’éventail des régiments d’infanterie de rattachement est large. Les principaux sont le 55e RI et les Bataillons de Chasseurs Alpins.

Pour les régiments de réservistes, le 255e RI est largement majoritaire, loin devant les 261e RI et 258e RI. Ils sont engagés très vite sur tous les fronts. Avec l’hémorragie connue par certains régiments, des changements d’affectation interviennent souvent.

Pour les territoriaux, les régiments d’infanterie les plus fréquents sont les 119e RI, 110e RI et 112e RI. Les saint-reméziens servent aussi dans d’autres armes, génie, train, infirmerie, ou encore pour un très petit nombre dans la marine et l’aviation.

Il y a pour les territoriaux quelques « G.V.C », détachés dans la garde des voies de communication, et ceux affectés « services auxiliaires » dans des entreprises locales (bois, charbonnages…) pour entretenir l’effort de guerre. Cinq ont participé à la campagne d’Orient.

Les morts et blessés

Engagés sur tous les fronts, les saint-reméziens ont payé un lourd tribut avec 40 Morts pour la France, soit plus de 18 % de l’ensemble de ses Poilus. Trente-quatre sont mentionnés sur son monument aux morts, 5 autres sur d’autres monuments (Gras (2), Bourg-Saint-Andéol (2), Laurac-en-Vivarais (1) et un non retrouvé.

L’année 1914 a été la plus terrible avec 16 victimes dont 7 dès le mois d’août, suivie par l’année 1915 avec 9 morts, l’année 1918 avec 6, l’année 1916 avec 5 et l’année 1917 avec 4. La plupart sont tombés sur le champ de bataille, en Lorraine, dont deux le même jour près de Dieuze, autour de Verdun : au Fort de Vaux, au Chemin des Dames, à la Cote du Poivre, à la Cote 304, à Chattancourt, dans les Vosges ou encore sur la Somme ou le Pas-de-Calais. Sept sont décédés dans des hôpitaux des suites de leurs blessures. Concernant les âges des victimes, ils s’étirent entre 19 et 42 ans avec un maximum de 6 morts pour les 21 ans et de 5 pour les 33 ans. Certaines familles ont été douloureusement touchées comme les Constant, avec deux frères morts au champ de bataille.

21 de nos Morts pour la France sont enterrés dans des nécropoles nationales ou des carrés militaires, dont 2 à la nécropole de Friscati à Lunéville, 2 à la nécropole de Suippes-Ville dans la Marne et 2 à Rembercourt-aux-Pots dans la Meuse. 1 est enterré en Belgique à la nécropole de Chastre. 8 Poilus sont portés disparus, les corps n’ayant pas été retrouvés ou pulvérisés par des tirs d’obus. 1 a été retrouvé en 1969 à Reichackerkopf dans le Haut-Rhin, identifié par sa plaque. 3 ont été rapatriés et enterrés au cimetière de Saint-Remèze : Gustave Charmasson, Urbain Renard et Emile Monna.

En plus des morts, on enregistre plus de 60 blessés dont plus de la moitié par éclats d’obus qui touchent toutes les parties du corps, et une dizaine par balles. On imagine leurs souffrances pendant les combats ou lors des transports. Ils sont soignés dans des postes de secours, puis dans un deuxième temps, dans des hôpitaux. On a une mention d’amputation et un exemple de gelures aux pieds. Deux furent blessés trois fois. Certains auront droit à une pension d’invalidité, mais la demande est loin d’être toujours accordée.

Les gazés ne semblent pas tous mentionnés ou doit-on s’interroger sur la réalité militaire et l’impact des gaz sur les champs de bataille de la Grande Guerre. On n’en compte que 9 pour les années 1917 et 1918.

Les maladies semblent aussi assez fréquentes suite aux rudes conditions de vie dans les tranchées, avec en outre trois cas de paludisme pour des Poilus qui ont participé à la campagne d’Orient, un cas de typhoïde et trois d’emphysème pulmonaire sévère.

Prisonniers

On compte 8 prisonniers de guerre, dont la moitié dès 1914.

2 ont été capturés le même jour à Montfaucon en Argonne.

6 seront envoyés dans des camps de détention en Bavière, 2 en Rhénanie.

Des registres allemands accessibles en ligne depuis peu permettent de retrouver ces prisonniers. On apprend ainsi qu’un saint-remézien a été déplacé trois fois et qu’un autre a tenté de s’enfuir du camp de Puchheim en Bavière. Celui-ci est repris et envoyé dans le camp de Deutsch Gabel en Autriche.

Citations et décorations

On note 33 citations individuelles décernées pour des actes de bravoure, avec octroi de la croix de guerre, dont 4 à l’ordre de la division. 4 poilus sont cités deux fois. Certaines citations sont particulièrement élogieuses. Comme autres médailles mentionnées sur les fiches matricules en lien avec la Grande Guerre, on compte 7 médailles militaires dont une à titre posthume, 4 médailles de la Victoire et une croix de la Miséricorde de Serbie pour dévouement sanitaire.

On sait que la médaille de la Victoire ou « médaille interalliée » sera accordée après la guerre à tous les soldats ayant servi au moins trois mois dans la zone des armées. Apparaîtront aussi la médaille commémorative de la guerre 1914-1918 souvent appelée « médaille des poilus », la médaille commémorative de la bataille de Verdun, la médaille des blessés.

Un poilu de Saint-Remèze, Justin Boulle, sera sacré chevalier de la Légion d’Honneur le 23 janvier 1884, à l’âge de 88 ans. Il avait servi toute la guerre, avait été blessé et gazé, cité et décoré de la croix de guerre.

L’hécatombe de la Grande Guerre va accélérer la décroissance de la démographie du village de Saint-Remèze, entamée à la fin du XIXe siècle, et les effets de l’exode rural.

La situation devint de plus en plus difficile pour de nombreuses familles avec la hausse des prix, surtout pour celles qui avaient perdu un des leurs.

Pendant la guerre, la main d’œuvre se faisant rare, on assista à un abandon notable de terres, malgré l’investissement des femmes.

Ce fut aussi la crise des ateliers de broderie sur soie qui travaillaient pour des industriels lyonnais.

La population devient vieillissante, les jeunes partent en masse et les enfants sont de moins en moins nombreux.

En 1911, on compte 822 habitants, en 1921, 705 habitants, soit une baisse de 15 %. La campagne se vide et l’espace bâti ne croît plus. Nous sommes loin de l’expansion démographique et économique du milieu du XIXe siècle.

En tout cas, la Grande Guerre a amoindri une génération d’hommes, traumatisé les esprits. Elle a laissé une empreinte profonde dans les consciences. Les correspondances conservées précieusement par certaines familles le confirment. Elles sont des témoignages bouleversants de la vie au front, sur la disparition des camarades, de l’époux, de l’inquiétude des femmes.

Un devoir de mémoire s’imposait dans le cadre du Centenaire pour rappeler cette terrible épreuve qui n’épargna aucune famille.

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